798.2026.Ugh

Un mot sur mon copain. En ces temps anciens, on ne s’appelait que par le nom de famille. 
Le sien, Hugues, évoquant les indiens de nos westerns, nous convenait. 
Jean-Louis était d’une famille très modeste, sa Maman couseuse à domicile et son père pêcheur. Nous avions très vite lié amitié et allions régulièrement manger chez l’un ou l’autre. L’aïoli de Monsieur Hugues avec le poulpe qu’il avait attrapé et bien battu était parmi les plus robustes. De retour en classe, l’après-midi, nous cherchions à abattre les mouches de notre souffle empuanti d’ail.  L’amitié se renforçait au fil des dimanches de ski à Auron ou des escapades en famille au Logis du Loup. Souvenir d’un camping à Andon avec des sauterelles au menu. Très vite, trop vite, le Bac arriva avec ses révisions que nous partagions accompagnées du copieux gouter préparé par l’une de nos mères. Le jour de l’oral, alors que les copains attendaient fébrilement l’affichage des résultats, nous étions allés patienter au cinéma voir "la Guerre des Mondes". Puis ce fut la prépa où Jean Louis, plus brillant que moi, intégra Centrale.  Steak au poivre nappé de crème fraiche dans sa turne noyée de fumée ... 
Il épousa une cousine et choisit de faire carrière à la Banque où il resta jusqu’à l’arrivée des temps difficiles. Il se fit évincer et ne retrouva plus de travail. Nous nous retrouvions trop rarement autour d’un aïoli mais qui n’avait pas le goût de ceux de la jeunesse. 
Et un jour il nous quitta. Ses cendres furent éparpillées entre les iles, là où son père avait tant pêché. 
Une vie en 15 lignes mais je pense bien souvent à toi, Jean-Louis, Ugh, mon copain.


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