853.2026.Provence de Pagnol


Que je t’aime César, empereur du bar de la Marine,
Que je t’aime Marius, alsacien à l’accent du midi et toi belle Fanny, amoureuse éperdue.
Que je t’aime Panisse, riche et généreux maître-voilier
Et vous tous les amis, Brun, Escartefigue et même le puant Césariot. 
Que j’aime le massif de Garlaban, le Château et la Gloire,
Marcel, ta Maman et ton père, ainsi que tes amis Bouzigue ou Lili des Bellons. 
Que j’aime ce monde des Sources, ensoleillé et dramatique
Que je t’aime Manon, belle, fière et sauvage, que je t’aime Jean de Florette, citadin naïf et bossu
Et vous les méchants par amour, le vieux Papet, si douloureusement puni et son neveu Ugolin dit Galinette. 
Je n'oublies pas Giono peintre de la terre aride de Provence : 
Aimable le boulanger cocu et un peu couillon, sa trop jolie femme Aurélie
Le fort et généreux Panturle ému d’une tranche de pain 
Et toi le vieux Gaubert, ton enclume cachée au dessous de ton lit
Je vous aime Angèle, fille mère punie pour ta faute, 
Gédémus, Amoretti, Topaze, Mamèche, Nais, Pamphile, Saturnin ...
Que je t’aime Provence de Pagnol.

852.2026.Ainsi passe le temps

 
Il faut les voir l’hiver dresser leurs troncs tout droits,
Ils sont au paysage autant de hauts beffrois
Décharnés, dépouillés, ils affrontent le froid
Et présentent un monde au dessin maladroit.

Puis renaît le printemps, l’éveil de la nature.
Leurs têtes couronnées d’une tendre verdure
Invitant le passant à tenter leur peinture
Pour immortaliser leurs immenses statures.

Voici venir l’été, les journées de chaleur,
La saison des marcheurs, des joyeux moissonneurs.
Le peintre, souvent grognon, soupire avec humeur :
« Il y a bien trop de verts ! » dit-il avec humeur.

En automne, il est temps de changer de costume
Un moment de regret et d’un peu d’amertume.
Le peintre et son pinceau, le poète et sa plume
Vont alors célébrer l’arrivée de la brume.

Ainsi passe le temps au sein de la forêt.

851.2026.Le ponton

C’était un lac tranquille.
Éloigné de la ville.
L’Homme avait installé
Une planche penchée
Qui servait de ponton.
Pour pêcher le poisson,
Du temps de sa jeunesse,
Avec quelque hardiesse,
Jusqu’à l’extrémité,
Il osait avancer.
Ce n’était pas malin,
Il risquait un bon bain.
Qu’il faisait bon pêcher
La truite et le brochet !
On y trouvait aussi
Des ombles chevalier,
Qu’on a nommés ainsi.
Et restant tout au fond
La carpe et le gardon.
Ici point de voitures
Mais, on peut l’assurer,
De bien bonnes fritures.

850.2026.Gé/SR132

Depuis longtemps déjà les Oyatéens avaient observé que la troisième planète de l’étoile SR 132 
présentait toutes les conditions propices à la vie carbonée donc celle de leurs contemporains androïdes. 
Un satellite d’observation confirma ce qu’on pouvait espérer : cette planète, qu’ils baptisaient Gé, était déserte. 
Aucune vie ni végétale, ni animale. Rien. Du sable, du sable à perte de vue.
Le Haut Conseil autorisa son androformation conformément au Code Galactique.
Au temps galactique 0, des milliers d’engins automatisés furent envoyés 
pour semer partout une plante xérophyte que les instituts oyatéens avaient sélectionnée pour cette délicate mission.
Et les Oyatéens laissèrent le temps faire son œuvre.
En l’espace de quelques millions d’années locales, ces plantes s’étendirent partout 
et progressivement d’autres variétés végétales s’appuyant sur les anciennes, prirent la place. 
Peu à peu, Gé fut entièrement couverte de vastes forêts.
Ce n’est qu’au temps galactique 23 qu’une nouvelle sonde spatiale 
vint déposer sur Gé les germes de la vie animale.
Et les Oyatéens laissèrent le temps faire son œuvre.
Des animaux de plus en plus évolués apparurent en quelques millions d’années locales. 
Il en fallut 200 avant que ne surgisse une espèce nouvelle, bipède, ouvrière et particulièrement active. 
Cette population compléta l’androformation de la planète. 
Partout elle se multipliait, se regroupant en vastes communautés, dévégétalisant ici, revégétalisant ailleurs.
Au temps galactique 32, une sonde oyatéenne vint préparer l’arrivée des premiers colons. 
Après analyse, elle émit un bref message :
« Gé est désormais impropre à toute vie carbonée. Mission annulée »

849.Paysage sans rien

  
Si je l’avais nommée, « Paysage avec rien »
Eût-elle été la même ? Et voilà que survient
Le « Rien », et avec lui, ce qui est ou n’est pas.
Depuis les temps anciens, depuis l’Antiquité,
On pense à la question, Parménide est cité.
Il dit « Seul l’Être est ! Le Non-être n’est pas ! »
Des milliards de neurones se sont escagassés
A cogiter la chose. Et ce n’est pas fini.
Le Rien est-il Néant ? Thème métaphysique.
Ce sujet dérangeant, tel le sexe des anges,
Sartre, Heidegger, Hegel, toujours il nous dérange.
Le Rien est-ce le Vide ? Impossible en Physique,
C’est comme le Zéro ou même l’Infini.
Mon titre est donc gratuit ? Pourtant, je l’ai choisi.
Que voulais-je dire en agissant ainsi ?
Comme disait Devos, le Rien c’est quelque chose ?
Car, même si je gomme, reste la cellulose,
Les atomes, les quarks, un échange de forces.
La réalité fuit. Le problème se corse.
Et si, avant ce titre, j’avais mieux réfléchi ?

848.2026.La menace

On lui avait bien dit : « Fiche le camp d’ici,
Sinon tu vas bruler, ta maison est perdue.
Elle est dans la forêt, elle est trop isolée,
Le chemin est étroit, le camion des pompiers,
Qui est tellement large, ne saurait pas passer.
Les canadairs sont pris, ils sont à Sainte Croix
Et doivent s’occuper du petit monastère.
De plus, mon cher Monsieur, sachez, que voulez-vous,
Qu’en France, comme on le sait, ça brule un peu partout.
Le maire avait promis de faire livrer de l’eau
Pour un concitoyen ce n’est pas un cadeau.
Il allait réfléchir, mais tant de chose à faire.
Et d’ailleurs, ce Servant a mauvais caractère.
« Si je perds ma maison et ma bibliothèque
Et tous mes souvenirs, autant partir avec ».
Le chien mis à l’abri dormait dans le logis
Le chat s’était enfui, il n’était plus ici.
Alors le Servant sans perdre la boussole,
Lança la moto pompe. Il arrosa le sol
Ainsi que la maison et même le figuier.
Il fit tant et si bien que son bien fut sauvé.
Un bravo au Servant, il l’a bien mérité.