837.2026.H2O

 
Le hasard, le Bon Dieu, peut-être la Chimie,
Eut une fois l’idée d’accrocher deux atomes
Sur le dos d’un troisième, ce qui permit, en somme,
De créer ce liquide, cet élixir de vie.
Je vous parle de l’eau puisqu’ainsi on la nomme.
Qu’elle vienne d’étoiles mortes, du ciel ou des comètes
Nous lui devons la Vie et celle des autres bêtes.
Elle existe partout mais rarement liquide
A la fois inodore, incolore, insipide.
Elle nourrit les plantes et en gorge les fruits.
Les deux tiers de nos corps en sont même produits.
Elle crée de l’énergie, elle sculpte les montagnes
Et partout sur la Terre, elle nous accompagne.
Elle nous fit le Déluge, purifie les croyants.
Elle donne la beauté aux rus, à l’océan.
Et surtout, elle est seule à savoir apporter,
Le bon goût au pastis, quand il fait chaud l’été.

836.2026.Cela est bien.

Il en avait emmagasiné des équations. 
Il s’était formé à Supélec. 
Perfectionné à Georgia Tech.
Peu à peu, il avait de venu expert en traitement du signal :
Comment nettoyer les parasites pour se limiter au vrai signal.
Son chef réside en Californie. 
Son DRH en Europe. 
Ses équipes aux Indes.
Un monde industriel moderne, un marché mondial.
L'une des puissantes multinationales en technologies de l'information. 
Une concurrence redoutable, 
des milliers d’opérateurs, des milliards de dollars.
 
Lui, il vit dans le nuage. Le cloud, quoi !
Allongé sur sa chaise-longue, 
Mistigri sur les genoux.
Son petit ordi calé sur le ventre, il travaille.
Son village de 42 habitants. Son jardin. Ses tomates. Ses salades. 
La vue sur les montagnes. 
 
“Cela est bien, dit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.”

835.20256.Les bûcherons de Gastine

 
Une élégie de l’ami Pierre. 
Les bûcherons de la forêt de Gastine. 
On l’apprenait à l’école.
Avant ...  
 
 « Quiconque aura premier la main embesongnée
A te couper, forest, d'une dure congnée,
Qu'il puisse s'enferrer de son propre baston,
Et sente en l'estomac la faim d'Erisichton,
Qui coupa de Cerés le Chesne venerable
Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,
Les bœufs et les moutons de sa mère esgorgea,
Puis pressé de la faim, soy-mesme se mangea :
Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,
Et se devore après par les dents de la guerre »


834.2026.Le postillon de Longjumeau.

 
Mon père malgré ses origines 
ne pratiquait pas le bel canto.
Quelquefois, après le repas, 
il fredonnait le Postillon de Longjumeau.
« Mes amis, écoutez  I‘histoire d'un jeune et galant postillon
C'est véridique, on peut m'en croire ...
Quand il passait dans un village, tout le beau sexe était ravi »
L’histoire n’était pas tragique et même un peu leste
« S'il versait parfois une belle, ce n'était que sur le gazon »
Mais la famille attendait le refrain :
« Oh! oh! oh! oh! qu'il était beau, 
qu'il était beau, qu'il était beau,
le Postillon de Longjumeau! »
Et là, à chaque fois, d’émotion, mon petit frère fondait en larmes. 
Émus, nous l'étions aussi, mais nous savions cacher les nôtres.  
Heureuse époque, heureuse famille !

833.2026.Na jurnata 'e sole!

Che bella cosa na jurnata 'e sole ! ...
N'aria serena doppo a na tempesta...
Pe' ll'aria fresca pare giá na festa...
Che bella cosa na jurnata 'e sole ! ...

Ma n'atu sole
Cchiù bello, oje né',
'O sole mio,
Sta 'nfronte a te...
'O sole,
'O sole mio,
Sta 'nfronte a te...
Sta 'nfronte a te !

Les moins jeunes entendront Caruso et surtout Mario Lanza 
pour cette jolie sérénade à la mandoline signée di Capua.

832.2026.Le défi des verts.

 
Ma chère Siagne, une fois de plus tu te moques du pauvre aquarelliste. Tu me nargues. Tu me défies. 
Entre tes murailles de rocs enchevêtrés, ces contours fuyants, tu exhibes tes Verts. 
Une multitude de verts largement étalés entre 490 à 573 nanomètres.
Narquoise, tu montres ta palette infinie. 
Tu me proposes un bain  dans l’eau glacée, 
dans ce vert qui m’attire comme l’œil hypnotique du magicien. 
Vas-y Pépékirigol, à toi de jouer ! On ne rigole plus maintenant.
Face à cette profusion de teintes si différentes ma palette me propose un choix bien limité. 
Le vert de Guignet qui ressemble plus au colorant E140 qu’à la riche chlorophylle, 
le vert Winsor que la tendance jaune enrichit un peu en luminosité, 
le vert de vessie, pisseux comme il le dit lui-même, 
le vert olive qui n’en a jamais vu aucune 
et le vert de pérylène, sale, tellement sale. 
Mais, en plus, vicieuse, tu les mélanges ces verts, tu les remues, les déplaces. 
A peine, ai-je perçu une forme nuancée de jaune, qu’elle se dilue, s’évapore. 
Tu me laisses deviner quelques instants les rochers du fond et les voilà partis.
Vivement que je retourne vers ma maison de campagne, avec ses murs bien jaunes, ses volets bleus et son toit tout rouge.