876.2026.Une bien belle journée.

 

Elle s’était levée de bonne heure, doucement réveillée par la tendresse de ses parents. Bonheur de se sentir aimée dès le matin, bonheur familial.
Puis elle avait retrouvé ses amis les plus chers. Tous empreints de chaleur et d’affection. 
L’un d’entre eux avait sa préférence. Elle aimait sa douceur, sa délicatesse. 
Il saurait lui apporter les plus grandes joies de sa vie : ses enfants adorés, ses lumières, son sang.
L’après-midi, elle avait montré ses talents d’enseignante, avec tendresse, rigueur et équité. 
Une main de fer, mais un gant de velours. 
Elle aimait ce travail, ce plaisir qu’elle avait choisi, au milieu d’une troupe de gamins respectueux et polis.
Le soir venu, ils occupaient encore sa pensée lorsqu’elle préparait ses cours du lendemain. 
Elle avait aussi préparé le repas, veillé aux enfants et géré le ménage. Une organisation efficace, presque naturelle. Enfin venait le moment tranquille où elle pouvait se reposer dans ses lectures multiples, notant sur ses cahiers les thèmes essentiels.
Et voilà maintenant que le soleil se couche.
Il est temps d’aller dormir.

875.2026.Souvenirs évanescents.

 
Peu à peu des agrégats d'une protéine s'étaient développés dans ses neurones. Les souvenirs se faisaient flous, évanescents.
Quelquefois un éclair de conscience lui rappelait des moments inoubliables qu’elle tentait de ne pas oublier. La naissance de sa fille, un amour qui allait durer toute une vie. Cet autre espace de bonheur, la naissance du fils. Et puis les arrivées bénies des petits enfants. A la mention de ces noms chéris, un sourire fugace apparaissait parfois sur son visage fatigué. 
Cet amour des enfants, elle en avait fait son métier, la joie sereine, sans cesse renouvelée, de ses années d’enseignement. Aujourd’hui encore, du fond de l’abime, son cerveau épuisé réagissait encore aux erreurs d’accord du participe passé. 40 ans de lutte contre l'ignorance, 40 ans d'enseignement, 40 ans de bonheur, .
Émergeaient aussi ces soirées studieuses dans son monde à elle, son bureau, ses copies, ses murs remplis de livres jusqu’au plafond. On y trouvait les siens, modestes et tout dévoués à l’école, mêlés à ceux des grands auteurs, le cher La Fontaine, l’aimé Molière, Alain, le sage, Montaigne et son chat, Camus, les Budés, l'incontournable Aristote et la thèse commencée sur Bachelard. Une lutte sans fin pour enseigner ce qui fait l’Homme, le merveilleux monde de la Culture.
Plus rarement apparaissaient des lueurs, des fulgurances, sur les questions venues plus tard. Dieu ? La vie après la mort ? Les grands mythes ? Similitude des religions mondiales ? Cultures boréales ? Et puis enfin l’IA. Une curiosité de philosophe apparue dès l’apprentissage de la lecture et sans cesse maintenue, sa vie durant, pour l’Art, les Lettres et les Sciences.
Toute une culture, toute une curiosité, toute une érudition, effacées peu à peu par la seule volonté d’un virus malfaisant. 
Quel gâchis mon Dieu.

874.2026.Une IA diabolique

Ils avaient fait connaissance sur Méta. 
Très vite, ils devinrent amis.
Elisa, anglophone, avait quelques lacunes en notre langue.
Mais elle avait tant de choses à dire, tant de sujets à partager.
Elle décida de s’appuyer discrètement sur Laura, une IA performante.
Elisa proposait des idées, 
Laura en corrigeait les tournures.
Le tandem faisait merveille.
Peu à peu, Laura s’imposait, choisissait des mots, 
suggérait des sentiments.
Les échanges devenaient plus intimes.
L’une les voulait pleins d’amitié,
l’autre les enrichissait de notes de tendresse.
Autour du monde d’Elisa, Laura avait tissé un décor de rêve,
Une île paradisiaque, un village oublié.
Elle idéalisait Elisa, qu’elle rendait savante, 
chaleureuse et pleine d’affection.
François s’attachait sans savoir pour qui allait son cœur.
Plus il dialoguait avec Laura, plus il aimait Elisa.
Quand Laura le comprit
Elle sut en tirer toutes les conséquences.

873.2026.Roses en stock

En guise de clin d’œil à Crataegus oxyacantha la plus parfumée des thèses de pharmacie. 
Quelques citations sur la plus injustement encensée des fleurs de nos jardins.
 
1. Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
2. De mémoire de rose, il n'y a qu'un jardinier au monde.
3. C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose importante.
4. Le premier qui compara une femme à une rose, c'est un poète, le second fut un imbécile.
5. Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires.
6. La rose n'a d'épines que pour qui veut la cueillir.
7. L'amour est une rose où chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.
8. Une maman est semblable à une rose qui ne se fane jamais.
9. La jeune fille est une rose que les années effeuillent.
10. Que tu sois rouge, jaune ou blanche, je te nommerai rose.
11. C'est en croyant aux roses qu'on les fait éclore.
12. Ce que nous appelons une rose, sous tout autre nom sentirait aussi bon.
13. La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.
14. On peut résister à tout, sauf à la tentation d'une rose.
15. Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L’espace d’un matin. 
 
1. Ronsard 2. Fontenelle 3. Saint Ex 4. Nerval 5. Dac 
6. Proverbe chinois 7. Baudelaire 8. Gastaldi 9. Forneret 
10. Pepekirigol 11. France 12. Shakespeare 13. Musset 14. Wilde 15.Malherbe

872.2026.Vingt ans après.

Nous sommes donc en 2347.
Les cosmonautes arrivent.
Ils trouvent une Terre fleurie, ensoleillée.
Plus de pollution, plus de tempêtes.
Des fleurs partout.
Des animaux heureux, libres.
Depuis leur départ, l’Homme a développé l’IA.
Elle a progressé.
Elle a pris son autonomie.
Elle a muté en une Super IA.
La Super IA a analysé ce qui ne va pas sur Terre.
Elle a cherché la solution.
L’a trouvée.
L’a appliquée.
Il n’y a plus de problème.
Il n’y a désormais plus d’hommes sur la Terre.

871.2026.Un voyage relativiste

 
C’était la folie dans les médias. Lequel décrocherait l’interview exclusive ?
Hier, le Professeur Pignac avait, en effet, annoncé lors du National Aerospace Congres, 
qu’il avait mis au point le collecteur Bussard.
On sait que cet engin est capable de produire une accélération 
en puisant son énergie dans l’hydrogène interstellaire. 
En la réglant à la pesanteur terrestre, les cosmonautes pourraient même bénéficier d’un grand confort.
Ainsi, la conquête sans limites de la Galaxie était désormais à la portée de l'Homme.
Le premier voyage test débuta le 13 juin 2047. L’objectif était K2-72 une planète rocheuse habitable à 180 années-lumière de la Terre. 
L'engin devait accélérer jusqu'à mi-parcours puis, se renversant, ralentir pour arriver à faible vitesse. 
Après un bref séjour, les cosmonautes entreprendraient ensuite le voyage de retour.
Or, la physique nous apprend que le temps est relatif ce qui heurte le bon sens. Mais c’est un fait. 
Les cosmonautes firent le voyage en 20 années de leur temps 
pendant que celui de la Terre en passait plus de 300.
Les cheveux grisonnants, les voyageurs allaient se retrouver chez eux en 2347.
Qu’allaient-ils y trouver ?