825.2026.Troubles articulatoires

 
Souvenirs d'Islande.
Serait-ce Eyjafjallajökull 
et son éruption de 2010 ?
Ou le Parc National de Þingvellir 
avec son son bizarre et qui s’écrit Þ ?
A moins que ce ne soit le charmant village de Kirkjubæjarklaustur
Celui de Jökulsárgljúfur 
où on retrouve Jökul, le glacier ?
On pourrait aussi penser au village d’Egilsstaðir
Ou au canyon de Fjaðrárgljúfur ?
Pas du tout.
Vous aurez surement reconnu le paysage de toundra
de la réserve de Hornstanddir Jökultirdir
avec ses elfes, ses trolls, ses revenants et ses renards polaires.

Tiens Jökul, ça me dit quelquechose !

 

824.2026.Les vieux

 
Les vieux ne meurent pas 
ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main 
ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l’autre reste là 
le meilleur ou le pire 
le doux ou le sévère
Cela n’importe pas 
celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être vous la verrez parfois 
en pluie et en chagrin
Traverser le présent 
en s’excusant déjà de n’être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d’argent
Qui ronronne au salon 
qui dit oui qui dit non 
qui leur dit je t’attends
Qui ronronne au salon 
qui dit oui qui dit non 
et puis qui nous attend

Jacques Brel

823.2026.Méditations

  
Ressassé
mais tellement beau. 
 
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? 
...
 
« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »
 ...
 
Lamartine 
Méditations poétiques
Le lac

822.2026.Yver, vous n'estes qu'un vilain

 
Yver, vous n'estes qu'un vilain !
Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d'Avril
Qui l'acompaignent soir et main.
 
Esté revest champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs,
Par l'ordonnance de Nature.
 
Mais vous, Yver, trop estes plain
De nege, vent, pluye et grezil ;
On vous deust banir en essil.
Sans point flater, je parle plain, 
Yver, vous n'estes qu'un vilain !

Charles d'Orléans (1394-1465)


821.2026.Au bois de Notre Dame

 
Au bois de Notre Dame, il y avait un chêne.
Il y avait un chêne, de plus de 200 ans.
Il y avait un chêne, celui qu’on aimait tant.
Au fond de sa clairière, c’était notre plaisir
De venir l’admirer après nos promenades.
Vers le sol, une branche, forte et longue à la fois,
S’avançait longuement comme une invitation.
Ah ! Quel plaisir c’était, pour mes petites fées,
De venir s’y asseoir, pas vraiment rassurées. 
D’une forte poussée, Pépé les balançait,
Déchainant des peurs feintes et des grands cris de joie.
Puis les temps ont passé, les filles sont parties
Et la branche, longue et forte à la fois
A fini par casser. Je reviens quelquefois
Saluer le vieil arbre et, me croyant Hugo,
Me reposer un peu, assis tout près de lui. 
Au bois de Notre Dame, il y avait un chêne...

820.2026.Leçon d'histoire


Nous avions l’habitude de passer le week-end à La Forestière. Le premier arrêt était réservé à l’achat d’un gâteau à la noix de coco à Faremoutiers. Un peu plus loin, nous passions devant une bien jolie maison. Son propriétaire en changeait régulièrement le parterre fleuri. Dès que les fleurs fanaient, il les changeait. A chaque passage, nous attendions, avec curiosité, de découvrir son nouvel aspect.  
Anne l’avait appelée la Maison du Roy. Modeste par rapport à Versailles mais l’imagination des enfants n’est-elle pas sans limites ?
Au fil du temps, cette maison interrogeait. « Mais où est le Roy ? Pourquoi on le voit jamais ? » Pas question pour nous, parents attentifs, de chagriner notre petite fille, ce petit cœur si vierge, si généreux, si bon. Pas question de la traumatiser. Alors, on atermoyait. « Le Roy ben il n’est plus là, il n’est plus roi, on l’a remplacé »
Mais on connait la persévérance des enfants. « Pourquoi on l’a remplacé ? Pourquoi il n’est plus là ? ». Alors, avec délicatesse, avec prudence, avec ménagement, nous avancions que ce roi était méchant, qu’il opprimait le peuple, que les bons paysans avaient décidé de l’écarter, de s’en passer. Et on lui rajoutait des turpitudes imaginaires. Et on le rendait détestable. Et on vantait la démocratie sans taches qu'on excusait par avance. Peu à peu, on préparait la difficile conclusion mais on hésitait à en annoncer la tragédie. 
La jeune mécanique cérébrale fonctionnait à plein. Un jour, à l’arrière du véhicule une petite voix s’éleva : « Alors, on aurait mieux fait de lui couper la tête ! »