830.2026.Cet arbre obscur que tu apothéoses.

 
Ah, les souvenirs de la Communale !
Les jeux de billes à la récré,
Viande et saute-mouton.
Le platane au milieu de la cour.
Ces instits qu’on aimait et qu’on respectait.
Le coup de règle sur le bout des doigts.
L’encrier rempli d’encre violette.
Ces dictées si difficiles,
Et l’épreuve de la récitation.
La Fontaine et Hugo, Emile Verhaeren, Edmond Rostand.
Sans oublier Sully Prudhomme et Maurice Carême !
Heureux qui comme Ulysse,
Demain dès l’aube,
Mignonne allons voir si la rose
Il pleut sur mon cœur ...
Et celle-là ?
« ... Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des roses,
Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !
Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !
Ô Soleil ! toi sans qui les choses
Ne seraient que ce qu'elles sont ! ... »

829.2026.Aquarelliste

Yvonne sérieuse au visage pâlot
A pris du papier blanc et des couleurs à l’eau
Puis rempli ses godets d’eau claire à la cuisine.
Yvonnette aujourd’hui veut peindre. Elle imagine
De quoi serait capable un peintre de sept ans.
Ferait-elle un portrait ? Il faudrait trop de temps
Et puis la ressemblance est un point difficile
À saisir, il vaut mieux peindre de l’immobile
Et parmi l’immobile inclus dans sa raison
Yvonnette a fait choix d’une belle maison
Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.
Derrière la maison s’étend un paysage
Paisible comme un front pensif d’enfant heureux,
Un paysage vert avec des monts ocreux.
Or plus haut que le toit d’un rouge de blessure
Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s’azure.
Quand j’étais tout petit aux cheveux longs rêvant,
Quand je stellais le ciel de mes ballons d’enfant,
Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,
Des paysages verts avec la maisonnette,
Mais au lieu d’un ciel triste et jamais azuré
J’ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.   
Guillaume Apollinaire, Alcools 

828.2026.Pépé la rainette

 
Une histoire comme je les aime,
Un monde à l’ancienne
Avec une nature encore intacte.
Des personnages profondément gentils
Dont on se sent si proche
Et que l’on aimerait connaître.
Une histoire d’amitié entre
Garris, le héros qui cache son mystère,
Riton, touchant de maladresse
et le tendre Amédée rêveur et décalé.
Sans oublier Monsieur Richard, dit « Pépé la rainette »,
Jo Sardi le champion, costaud et fragile,
l’adorable Ci-Cri et Madame Mercier.
Et oui, c’est « Les enfants du Marais ».
Si vous avez la chance de ne l’avoir pas vu,
courez-y.

827.2026.Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse ?

 
Aujourd'hui, je reviens vers Charles d'Orléans. 
Il y a 600 ans. Aventures, luttes et amours, la guerre de Cent Ans,
Azincourt, les expéditions en Italie, la Toison d’Or. 
Une retraite à Blois dans la douceur et la poésie. 
De ce joli rondeau médiéval, je n'ai gardé que 
la première strophe et l'Envoi où cette "vielle sainture", 
symbole du poids et les douleurs du corps vieillissant, 
m’évoque ce satané lumbago qui m'accompagne depuis peu.

Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse,
A grant marchié, comme pour rien,
Es mains de ma dame Viellesse
Qui ne me fait gueres de bien ?
A elle peu tenu me tien,
Mais il convient que je l'endure,
Puis que c'est le cours de nature.
Envoi
Prince, dire ne saroye conbien
Dedans mon coeur mal je retien,
Serré d'une vielle sainture,
Puis que c'est le cours de nature.

826.2026.Le plat pays

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague,
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues,
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l'est écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien.

Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu
Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité
Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien

825.2026.Troubles articulatoires

  
Souvenirs d'Islande.
Serait-ce Eyjafjallajökull 
et son éruption de 2010 ?
Ou le Parc National de Þingvellir 
avec son son bizarre et qui s’écrit Þ ?
A moins que ce ne soit le charmant village de Kirkjubæjarklaustur
Celui de Jökulsárgljúfur 
où on retrouve Jökul, le glacier ?
On pourrait aussi penser au village d’Egilsstaðir
Ou au canyon de Fjaðrárgljúfur ?
Pas du tout.
Vous aurez surement reconnu le paysage de toundra
de la réserve de Hornstanddir Jökultirdir
avec ses elfes, ses trolls, ses revenants et ses renards polaires.

Tiens Jökul, ça me dit quelquechose !