Ce jour-là, Don Camillo avait accompagné un groupe de paroissiennes
pour une rapide excursion en Italie. Certaines s’étaient laissé tenter par quelques
acquisitions, certes modestes mais
néanmoins illicites. Or les douaniers veillaient. Ils faisaient le tour du
train entre Vintimille et Menton. Comment faire ? Don Camillo en avait dissimulé
beaucoup dans les replis des jambes de son pantalon de golf. A la question traditionnelle
des douaniers, Don Camillo répondit d’un ton ferme « En haut rien à
déclarer. En bas c’est réservé aux dames ». Ce n’était même pas un
mensonge et le Seigneur ne fit donc qu’en sourire.
Cet autre jour, nous avions décidé d’aller aux edelweiss.
Départ très matinal car le site était lointain. Nous avions chacun notre sac à
dos. J’étais chargé du saucisson, des sardines, du fromage et des biscuits.
Jean Louis portait le pain, le litre de rouge (j’en rougis encore) et les
couverts. Et nous voilà longeant l’un des multiples ruisseaux affluents de la
Tinée. Mais le Diable, mécontent de voir ces gamins loger chez un curé décida
de nous mettre à l’épreuve. Il fit en sorte qu’on se perde de vue. Ugh devait
être devant, j’accélérais le pas. Il raisonnait de même et en faisait autant.
Bref, on marchait tous les deux, vite, très vite. Lassé, je finis par stopper
et m’asseoir fatigué sur un rocher de la rivière. Un peu plus loin, Jean-Louis
en avait fait autant. C’est ainsi que je me nourris de saucisson et de sardines
sans pain alors que lui mangeait son pain sec arrosé d’une gorgée de rouge.
Satisfait Satan nous permit les retrouvailles.
Escaladant les rochers nous fîmes notre plein d’édelweiss. Une
bien belle journée, une bien grosse fatigue. De retour à la cure, Ugh battit de
record de sommeil, catégorie ado, en n’ouvrant l’œil ni la nuit, ni le jour qui
suivit.






