870.2026.Départ

Je reviens un instant sur la place d’Avon
C’était un bel endroit, c’est là que nous logions.
Quatre couples de jeunes, au milieu des anciens
Il fallut peu de temps pour devenir copains.
Il y avait Vuko, JiPé, Pierrot et Jean
Les dimanches matins,  nous partions en courant
Laissant à la maison nos épouses chéries
Sitôt perdues de vue, le trot ralentissait 
Nous entamions alors, une marche pépère
Nous parlant de projets, à raconter ou faire.
Et quand on revenait, à peine transpirés,
Nous reprenions le trot tout près de l’arrivée.
Mais les temps ont passé. Les enfants ont grandi.
Ils se sont mariés et les voilà partis
Enfin, un jour Vuko partit pour le Midi
Et JiPé le suivit en faisant tout autant.
Il ne restait que Pierre et sa douce Josiane
Mais Josiane est partie, victime du malin.
On doit héberger Pierre dans un Ehpad lointain.
Et Monique n’est  plus que l’ombre d’elle-même. 
Je me sens un peu seul  et j’ai le cœur bien lourd.


869. 2026.Une heureuse poursuite.


Chaque soir, quand elle entre chez nous,

Elle apporte sourire, gaieté et jeunesse.

Pendant quelques  instants la maladie

Semble prendre un peu moins d'importance.

 

Aujourd’hui, grand moment,

Avec treize années de réflexion,

Elle fait la pige à Marilyn.

Ils ont enfin décidé d’officialiser la chose !

 

Ils regardent vers l'avant

Et ils ont bien raison,

Car il y a, devant eux, tant de choses à vivre,

À découvrir, à partager.

 

Belle route à eux deux, 

Avec tendresse, complicité et gaieté.

Et puisqu'elle nous a si souvent apporté un peu de bonheur,

Qu’elle en reçoive, avec notre amitié,

Énormément en retour.

 


868.2026.Chez les Abondinistes

Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître.
Il est bien des croyants, des Cénobites aux Anachorètes mais nous parlons ici des seuls Abondinistes. 
Accueillis au Presbytère, ils se doivent d'en respecter la Règle. L'Abbesse et l'Abbé y montrent, et la sévérité d’un maître, et la tendresse d’un père. 
Ils feront preuve de tolérance sans toujours sanctionner du bâton.
L’obéissance, le silence et l’humilité sont fortement déconseillés. 
Les frères parleront à tour de rang, s’ils sont capables d’édifier les auditeurs.
Ils participeront au travail de cuisine, hors cause de maladie.
Les offices, les psaumes, les laudes et les alléluias sont facultatifs mais l’heure apéritive doit être respectée.
Avant le repas, les frères recevront chacun, une pinte de champagne et des morcels friands afin qu’au repas venu ils puissent manifester un grand appétit. Une douzaine d’hémines suffiront à chacun pour la journée.
Les bonnes œuvres, service du vin et bonne chère, seront fournies à chacun des pèlerins résidents ou de simple passage.
Quatre mets cuits suffiront aux repas quotidiens. Qui ne pourrait pas manger d’un plat se refera d'un autre.
Il conviendra cependant d’éviter tout excès, afin de ne subir l’indigestion.
Pour le dormir des hôtes, il y aura, en nombre suffisant, des lits garnis de douces courtepointes.
Ainsi seront assurés aux pèlerins retraite spirituelle, séjour cénobitique et confort des estomacs chez les Abondinistes.

867.2026.Les inconnues

 
L’Univers est-il infini. Quelle en est la forme ? Quel en sera le futur ? 
N’a-t-il que quatre dimensions ? Et pourquoi voyons-nous en trois ?
Qu’est-ce que la matière noire et l’énergie sombre. Où est l’antimatière ?
Et la mystérieuse entropie ? Pourquoi vieillissons-nous ?
Le temps qui fuit, est-il bien relatif et quelle en est la flèche ?
Pourquoi le quantique est-il si bizarre ? Comment concilier relativité et quantique ?
L'Univers est-il compréhensible par le cerveau qu’il a produit ?
Comment la matière a-t-elle créé la vie ? 
Comment les neurones produisent-ils le subjectif ?
Tout mon Être est-il contenu dans une cellule d’ADN ? 
Existe-t-il des champs morphiques ?
Que sais-je de La Terre et son climat ?
Le monde est-il rationnel ? Au moins, est-il régulier donc prédictible ?
L'ambition de tout savoir est-elle vaine ? Dieu existe-t-il ?
Et puis, pourquoi 150 milliards de déficit et pourquoi suis-je nul en piano ...
Le silence de ces inconnues ne m’effraye pas. Il m’amuse.

866.2026.Surboums

 
Ce soir, les voisins font la fête. Ils écoutent de la musique.
Les notes les plus élevées s'atténuent. Seules se propagent les graves.
De chez moi, on n'entend qu'elles. Boum boum boum.
Le même boum boum boum quel que soit le thème musical.
Jazz, scat, saoul, disco, reggae, bruits,
Rythmes fabriqués en série. Je déteste.
Nous étions quelques bons copains. De vrais amis.
On avait nos surboums et même le thé au Municipal.
Tangos, la Cumparsita, Piazolla, Gardel, La Paloma, El choclo,
Et paso dobble, Espana cani, El gato, Valencia, Paquita ou Olé Torero.
Et la valse, viennoise ou musette, Strauss, Aimable, Mascarade, Faust, Barcarolle.
Musique ringarde, de droite extrême ? Assumée et même, entre deux danses, du classique.
Adagios d’Albinoni ou de Barber, l’air de la corde de sol,
Asturias, Aranjuez ou Pavane
L’hiver, L’Ave Verum et le dramatique Requiem.
Bien loin du Boum boum boum.

865.2026.Impression, soleil couchant

A mes heures de loisir, il m’arrivait d’aller voir l’imprimerie d’Armand Spagnoli.
Le magasin était étroit et profond. En silence, Antoine son unique employé travaillait devant ses casses typographiques. Il prenait les caractères de plomb, un à un, et les assemblait dans son composteur pour former les lignes de texte. 
Ces lignes se regroupaient en une page et plusieurs pages, réunies dans un savant désordre, formaient une planche qu’il appelait la forme.
À gauche, régnait la presse Heidelberg. Elle me fascinait. Ses rouleaux répartissaient l’encre sur la forme. Puis le grand cylindre venait y appuyer la feuille dans un mouvement synchrone de celui de la forme. Je perçois encore le bruit régulier de la mécanique, le claquement des feuilles, et cette odeur d’encre qui imprégnait tout l’atelier.
Au milieu de l’atelier se dressait le monstre : le massicot. Sa longue lame pouvait trancher d’un seul coup une épaisse pile de papier. Je le regardais avec respect et un peu de méfiance.
Tout au fond, un petit appendice abritait un bassin à deux bacs. C’était là qu’on allait se laver les mains, noircies par l’encre et le plomb. Merci, pâte Arma.
Près de quatre-vingts ans ont passé. Les machines ont disparu, les hommes aussi mais le magasin est encore là.
Il me suffit de fermer les yeux pour retrouver cette petite imprimerie : ses bruits, ses odeurs, ses feuilles fraîchement imprimées … et le regard émerveillé d’un petit garçon.