834.2026.Le postillon de Longjumeau.

 
Mon père malgré ses origines 
ne pratiquait pas le bel canto.
Quelquefois, après le repas, 
il fredonnait le Postillon de Longjumeau.
« Mes amis, écoutez  I‘histoire d'un jeune et galant postillon
C'est véridique, on peut m'en croire ...
Quand il passait dans un village, tout le beau sexe était ravi »
L’histoire n’était pas tragique et même un peu leste
« S'il versait parfois une belle, ce n'était que sur le gazon »
Mais la famille attendait le refrain :
« Oh! oh! oh! oh! qu'il était beau, 
qu'il était beau, qu'il était beau,
le Postillon de Longjumeau! »
Et là, à chaque fois, d’émotion, mon petit frère fondait en larmes. 
Émus, nous l'étions aussi, mais nous savions cacher les nôtres.  
Heureuse époque, heureuse famille !

833.2026.Na jurnata 'e sole!

Che bella cosa na jurnata 'e sole ! ...
N'aria serena doppo a na tempesta...
Pe' ll'aria fresca pare giá na festa...
Che bella cosa na jurnata 'e sole ! ...

Ma n'atu sole
Cchiù bello, oje né',
'O sole mio,
Sta 'nfronte a te...
'O sole,
'O sole mio,
Sta 'nfronte a te...
Sta 'nfronte a te !

Les moins jeunes entendront Caruso et surtout Mario Lanza 
pour cette jolie sérénade à la mandoline signée di Capua.

832.2026.Le défi des verts.

 
Ma chère Siagne, une fois de plus tu te moques du pauvre aquarelliste. Tu me nargues. Tu me défies. 
Entre tes murailles de rocs enchevêtrés, ces contours fuyants, tu étales tes Verts. 
Une multitude de verts largement étalés entre 490 à 573 nanomètres.
Narquoise, tu exhibes ta palette infinie. 
Tu me proposes un bain  dans l’eau glacée, 
dans ce vert qui m’attire comme l’œil hypnotique du magicien. 
Vas-y Pépékirigol, à toi de jouer ! On ne rigole plus maintenant.
Face à cette profusion de teintes si différentes ma palette me propose un choix bien limité. 
Le vert de Guignet qui ressemble plus au colorant E140 qu’à la riche chlorophylle, 
le vert Winsor que la tendance jaune enrichit un peu en luminosité, 
le vert de vessie, pisseux comme il le dit lui-même, 
le vert olive qui n’en a jamais vu aucune 
et le vert de pérylène, sale, tellement sale. 
Mais, en plus, vicieuse, tu les mélanges ces verts, tu les remues, les déplaces. 
A peine, ai-je perçu une forme nuancée de jaune, qu’elle se dilue, s’évapore. 
Tu me laisses deviner quelques instants les rochers du fond et les voilà partis.
Vivement que je retourne vers ma maison de campagne, avec ses murs bien jaunes, ses volets bleus et son toit tout rouge.

831.2026.La java

Mon oncle, un fameux bricoleur
Faisait en amateur des bombes atomiques
Sans avoir jamais rien appris
C'était un vrai génie question travaux pratiques ...
 
Pour fabriquer une bombe A
Mes enfants croyez-moi, c'est vraiment de la tarte
La question du détonateur se résout en un quart d'heure
C'est de celles qu'on écarte
 
En ce qui concerne la bombe H
C'est pas beaucoup plus vache mais une chose me tourmente
C'est que celles de ma fabrication
N'ont qu'un rayon d'action de trois mètres cinquante.
Y a quelque chose qui cloche là-dedans
J'y retourne immédiatement...

830.2026.Cet arbre obscur que tu apothéoses.

 
Ah, les souvenirs de la Communale !
Les jeux de billes à la récré,
Viande et saute-mouton.
Le platane au milieu de la cour.
Ces instits qu’on aimait et qu’on respectait.
Le coup de règle sur le bout des doigts.
L’encrier rempli d’encre violette.
Ces dictées si difficiles,
Et l’épreuve de la récitation.
La Fontaine et Hugo, Emile Verhaeren, Edmond Rostand.
Sans oublier Sully Prudhomme et Maurice Carême !
Heureux qui comme Ulysse,
Demain dès l’aube,
Mignonne allons voir si la rose
Il pleut sur mon cœur ...
Et celle-là ?
« ... Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des roses,
Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !
Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !
Ô Soleil ! toi sans qui les choses
Ne seraient que ce qu'elles sont ! ... »

829.2026.Aquarelliste

Yvonne sérieuse au visage pâlot
A pris du papier blanc et des couleurs à l’eau
Puis rempli ses godets d’eau claire à la cuisine.
Yvonnette aujourd’hui veut peindre. Elle imagine
De quoi serait capable un peintre de sept ans.
Ferait-elle un portrait ? Il faudrait trop de temps
Et puis la ressemblance est un point difficile
À saisir, il vaut mieux peindre de l’immobile
Et parmi l’immobile inclus dans sa raison
Yvonnette a fait choix d’une belle maison
Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.
Derrière la maison s’étend un paysage
Paisible comme un front pensif d’enfant heureux,
Un paysage vert avec des monts ocreux.
Or plus haut que le toit d’un rouge de blessure
Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s’azure.
Quand j’étais tout petit aux cheveux longs rêvant,
Quand je stellais le ciel de mes ballons d’enfant,
Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,
Des paysages verts avec la maisonnette,
Mais au lieu d’un ciel triste et jamais azuré
J’ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.   
Guillaume Apollinaire, Alcools