859.2026.Le tachykyklos

 
Le jeune Albert s’ennuyait ferme à l’Office Régional des Brevets.
Depuis qu’il avait obtenu ce modeste poste, il en avait vu des hurluberlus.
Il se souvenait encore de ce projet de voilier propulsé par le vent d’un ventilateur situé sur l’arrière.
Et ce chariot animé par un gros aimant judicieusement posé sur son avant.
Sans compter ce brevet de véhicule à roues carrées pour aller tout droit sur les routes gondolées.
Et cette voiture électrique qui rechargeait sa batterie en roulant ...
Ce matin, un jeune chevelu entrait dans la boutique.
« Je viens Monsieur, breveter mon invention ».
« Très bien, lui dit Albert, voyons cela ».
Le jeune chevelu déploya un plan griffonné sur un papier douteux.
C’était un ensemble de deux roues alignées pourvu d’un siège un peu rudimentaire.
« Mais, dit Albert en souriant, vous
Un peu désarçonné, le jeune chevelu s’enquit :
« Je pourrais mettre plus de roues, quatre peut-être? Ça tiendrait bien debout.
Ou peut-être des pieds plus conformes à la locomotion humaine ? »
Et Albert d’enchaîner « Et si le chemin tourne qu’avez-vous prévu ? Il faudrait pour le moins rajouter un volant. 
Et s’il pleut ? Mettez donc un abri ! Et puis un siège, un peu plus confortable.
Allons, allons, revenez me voir demain avec un bien meilleur projet ».
Le jeune chevelu, déçu reprit son plan douteux.

859.2026.Invasion

Un jour, il y a très longtemps, des hommes venus d’Afrique s’établirent peu à peu sur notre territoire.
Ils apportaient leur mode de vie, leur savoir et leur goût de l’Art.
Ils furent combattus, assimilés, épousés.
De l’union de ces peuples naquirent Chauvet et Lascaux.
Puis vinrent les Romains, conquérants sans pitié, qui soumirent la Gaule en imposant leur puissance.
Ils apportaient la Science, la Technologie, leur Génie de bâtisseurs et les Arts hérités de la Grèce et de l’Égypte.
Ils furent combattus, assimilés, épousés.
De l’union de ces peuples naquit le Pont du Gard.
Puis vinrent les peuples qu’on dit « barbares », Francs, Goths ou Burgondes.
Ils surent s’adapter à la civilisation locale et adoptèrent sa langue et la religion chrétienne.
Ils furent combattus, assimilés, épousés.
De l’union de ces peuples naquit le Pays des Cathédrales.
Aujourd’hui, une autre rencontre est en cours.
Des hommes et des femmes venus d’Afrique s’installent parmi nous
avec leurs traditions et leurs croyances.
Que deviendra cette rencontre ?

858.2026.Solitude


Et si c’était les Champs Élysées promis aux vertueux
Ou le vert Paradis de la Bible ou du Coran ?
Et si c’était la réincarnation
Régie par le karma ou la vie après la mort ?
Et si c’était, les atomes éternels
Créés dans les étoiles
Et rassemblés un jour
Et si c’était le retour
Dans le Grand Tout Cosmique
Ou bien la panspermie
Qui nous ferait voyager d’un monde à l’autre ?
Et si c’était la Solitude éternelle,
Le temps de penser à tout,
Le temps d’avoir déjà pensé à tout.
Et s’il y avait une âme,
Une conscience, un esprit, 
Une pensée, un souffle,
Une spiritualité, une étincelle 
Ou même un mystérieux effet quantique ?
Et peut-être,
Un cœur plus léger que la plume de Maät ?

857.2026.L'amitié

 
On avait décidé de venir à l’Orée,
Une petite place qu’on appelait d’Avon,
Discrète et chaleureuse avec ses dix maisons.
Des nouveaux arrivaient. Des anciens s’en allaient.
Josiane et son mari ont choisi d’y rester,
Comme Monique et Jean qui en firent autant.
Une amitié est née et les temps ont passé.
Cinquante ans d’amitié, ce n’est pas si courant.
Nos enfants y sont nés et ils y ont grandi
Puis les petits enfants vinrent nous voir ici.
Et puis un jour fatal, Est apparu le Mal.
Des peines et des peurs, Des joies et des frayeurs
Des moments de malheur Et d’autres de bonheur.
Aujourd’hui l’ambulance est venue
Le crabe avait gagné.
Maudit sois tu, saloperie.

856.2026.Un dîner de roi

La daube qui mijotait sans fin sur la vieille cuisinière à charbon de Marraine Jeanne.
La ratatouille de Mémé Pascal avec toutes les richesses du Midi harmonieusement mêlées
La pissaladière de Nicola encore dégoulinant d’huile d’olives
La merveilleuse soupe au pistou qui tenait droite la cuillère chez Fifine
La socca des caves Ricord arrosée (sans modération) de Mostaganem ou de Mascara
Le panier d’oreillettes apporté par tante Rose qui nous venait de Montfort
Le pan bagnat regorgeant d’ingrédients, tout imbibé d’huile et prêt pour l’excursion aux Îles
Les succulentes tomates farcies de Mme Audoly, confites, ratatinées des heures entières
Les petits farcis de ma Mère et le succulent fond de plat qu’on se disputait avec mon frère 
Les gnocchis de mon Père qu’il roulait cérémonieusement à la fourchette le dimanche matin
Les sanguins de Charlot longuement marinés dans leur bocal d’huile aux herbes
Le modeste mais si délicieux pain grillé frotté d’ail de mon Pépé
L’aïoli de Mme Hugues aux poulpes péchés la veille par son mari et son odeur d’ail si tenace
La soupe de poissons ou la bouillabaisse qu’on dégustait au Mal Assis sur le vieux port
Les beignets de fleurs de courge tout en délicatesse de ma Maman chérie
Les 13 desserts de chez Noël : dattes, bugnes, ganses, pompes à l’huile, fougassettes 
La polenta de Mémé Lucie et le fond de casserole grillé à déguster comme un bonbon ...

855.2026.Le bonheur absolu

Un ami de mon père nous prêtait son pointu.
Aux îles, une journée de bonheur absolu.
Sous les grands pins d’Alep, par un chemin ombré
Bordé de fleurs de myrte, de lavande et de thym
Mêlées avec les cistes ainsi qu’au romarin,
On cherchait une crique pour nous y installer
La serviette étendue sur les posidonies
On passait les rochers aux pointes acérées,
Pour aller se baigner en se tordant les pieds.
L’eau était fraiche et pure. Qu’on était bien ici !
Du panier de ma mère, on sortait les assiettes
La tomate en salade, le pain et l’omelette,
Une pissaladière et les fruits de saison.
La bouteille d’eau fraiche, succulente boisson. 
Et puis venait la sieste, au moins pour les plus grands
Chercher les arapèdes, c’était pour les enfants.
On retournait le soir, fatigués et rompus
C’était je l’ai bien dit, le bonheur absolu.