844.2026.La canicule

 
On ne saurait trop se protéger. 
 
Consulter le site gouvernemental :
 
risques-climatiques/article/
les-vagues-de-chaleur-et-leurs-effets-sur-la-sante.
 
"Restez au frais (chez vous ou dans un lieu rafraîchi)
Buvez de l’eau (sans attendre d’avoir soif)
Mouillez-vous le corps
Fermez les volets et fenêtres le jour, aérez la nuit
Privilégiez les activités douces et sans effort
Mangez frais, équilibré et en quantité suffisante
Évitez l’alcool
Prenez des nouvelles de vos proches et des plus fragiles."
 
Il est quand même bon 
d’avoir 5,85 millions d’agents de la fonction publique.

843.2026.Le triporteur de Marius

 
Un jour, Marius voulut un nouveau triporteur,
Ce sera l’occasion de plaire aux rigoleurs.
Il réfléchit un peu et puis sortit la bourse,
"Ce triporteur sera pour les petites courses,
Que l’on pourra livrer sans sortir le camion."
Le siège est au milieu muni d’un bon guidon
Avec deux roues devant, une seule à l’arrière,
Et un vaste plateau bordé d'une barrière.
C’est comme une moto ... mais au lieu de pencher,
Quand un virage vient, il convient de tourner.
L’effet est surprenant pour un motocycliste,
Mieux vaut être prudent que par trop optimiste.
En l’essayant, Marius, heurta le mur d’en face.
Alors Claude, averti, renseigné, prit sa place.
Prenant un bel élan ... il en fit tout autant !
Ce n'était pas très sage, ni vraiment très brillant.
Regrettable il est vrai et même pas malin
Mais quelle rigolade pour tous nos chers voisins.

842.2026.O-win,o-weh,o-wim,o-weh.

 
C’est sur le tas de bois que j’ai ouvert les yeux. 
La première chose que j'ai vue, c’était une tête gantesque avec des yeux énormes, une bouche immense et des poils tout partout. Frayante.
Mais pas pour moi. Moi, j’a peur de rien.
Chaque jour, la grosse tête nous apportait un peu du manger. 
Un jour, elle nous a trapés. La tête avait un corps. Vous pouvez pas savoir : un corps immense ! Avec quatre pattes grosses comme des zarbres, plus grandes que moi en entier et un bedon incroyable. C’était mon premier bipède. Il avait décidé de nous mettre au chaud dans la véranda.  
Peu à peu, j’habituais à ce monstre. Il semblait bien gentil mais, je me méfiais quand même un peu. 
Il me donnait le manger quand je demandais. Je le laissais dormir sur son oreiller à côté du mien. Tous les jours, il toyait ma caisse. Je n’aurais pas accepté de faire mon caca dans un lieu goutant. Pour lui faire plaisir, il m’arrivait de lui faire un petit ronron. Sans zézagérer. Faut pas qu’il s’habitue trop. C’était mon Papa.
Pour aller promener c’était plus ficile. Il fallait que Papa ouvre le mur transparent. Des fois, y voulait pas. Alors j’y miaulais un peu, des fois beaucoup. Et j’y mettais le ton, pleurnichon, suppliard. Y supportait pas, alors y ouvrait le mur.
Ce matin, je suis dehors. A la chasse, O-wim, o-weh. 
Je l’aime mon Papa. Je vais y faire un gros cadeau. Une belle musaraigne. Toute chaude.

841.2026.La clairière

Tu vois, me dit François, c’est mon coin de jeunesse.
On y venait avec les copains. Y avait les cowboys assis sur la barrière, domptant leurs fiers mustangs. Et les tribus indiennes, Sioux, Cheyennes, Apaches  surgissant du fond de la clairière. Combien en ai-je tués ! Combien de fois ai-je été blessé par leurs flèches sauvages !
Et le temps a passé.
Plus tard, j’y conduisais Nicole. Les bicyclettes rangées à l’abri des regards nous refaisions le monde assis dans l’herbe haute. Des heures à bavarder, à parler de nous, de demain. Les premiers baisers, les premières caresses.
Et le temps a passé.
Plus tard, nous y promenions Pierrot dans son baby relax. Son quatre-heures, un petit pot d’épinard qui laissait tant de traces. Puis venait la récompense, le rot libérateur.
Et le temps a passé.
Aujourd’hui, c’est l’heure des souvenirs, de la nostalgie. Je viens encore y réchauffer ma vieille carcasse.
François se tait un instant. Il est temps de rentrer.
Au loin un scraper s’approche.
Demain les Sioux laisseront place aux caddies.

 

840.2026.Le puits

 
La nuit s'achève à Mésigny-le-Vieil.
L'aube ne tardera pas.
Des écharpes de brume flottent encore.
Tout est calme. Tout est serein. 
 
Les bêtes sont à l'étable.
Quelques mugissements troublent le silence.
Le ru limpide murmure entre les pierres.
Là-bas, au fond du village, la cloche de l'église attend son heure.
Bientôt il faudra se lever.
Couper l'épeautre, tailler la vigne, soigner les bêtes.
Une rude journée de paysans, courageux, silencieux, travailleurs.
Tout est calme. Tout est serein. 
 
Pourtant, une lueur rousse veille derrière une fenêtre.
Juste à côté du vieux puits abandonné.
Celui dont personne n'aime s'approcher à la nuit tombée.
La brume passe devant la vitre, la lumière vacille.
Et dans Mésigny-le-Vieil, soudain, le matin semble attendre.
Tout est calme. Tout est serein.
 
En apparence.

839.2026.Au pays des ancêtres


Tintin était un citadin. Un vrai. Libre. 
Pas difficile à nourrir.
Il allait saluer chaque jour les cuisiniers du Martinez (5 étoiles s’il vous plait) 
ou son ami Graille, le boucher du Suquet.
Toute la journée, il promenait en ville où il avait ses copains. 
Tout le monde le connaissait. 
Je n’étais alors que le jeunot qui accompagnait Tintin.
Un jour la famille décida d’un voyage au Piémont. 
Bien sûr, on l'emmena.
Lemma, un village perdu dans la montagne. 
On y laissait la voiture et fallait poursuivre à pieds vers Lod Bounet. 
Le quadrupède citadin découvrait la nature : 
des chemins non goudronnés, des machins pleins de feuilles plantés un peu partout.
Et, vous savez quoi ? Des aliens bizarres avec une petite tête, 
un petit chapeau rouge dégueu, une bouche en forme de bec, un corps recouvert de plumes. 
Bipèdes aussi mais plus petits que les autres. 
Et quel langage incompréhensible. Et ça mange des graviers et les graines qui trainent. 
Alors, Tintin fonce. Les aliens s’échappent. 
Elles se dandinent, caquètent, se jettent dans la pente écartant des ailes inutiles. 
Bref. La gent avicole se trouve éparpillée au grand dam des paysans du coin.
Nous passâmes notre chemin ignorant l’affaire.
Ainsi furent les premières vacances de Tintin au pays des ancêtres.