Les classes terminées, je suis affecté au Centre CEA de
Vaujours. Je connaissais un peu le CEA, Commissariat à l’Energie Atomique pour
y avoir opéré épisodiquement pendant mes études. Au volant de ma belle 2cv je
cherche en vain un établissement important dans le coin. Rien. Je questionne un
agent de police qui me dit que ce centre étant secret, il ne peut m’en donner
l’adresse exacte. Bizarre ! Heureusement, un paysan passe par là. Entendant
ma requête, il intervient. « T’as qu’à suivre la route, c’est tout en
haut ». Ah le respect du secret en France ! C’est ainsi que je découvris
qu’il existait une branche militaire au CEA.
Ce Centre était consacré à la détonique une partie de la
mécanique des fluides générée par chocs intenses : comment projeter,
mettre en forme ou comprimer la matière par action des explosifs. J’allais
découvrir toute l’ampleur de cette discipline avec ses aspects scientifiques,
numériques et expérimentaux : les théoriciens jouant avec les équations du
choc et les adiabatiques, les chimistes chargés des formulations nouvelles à
forte capacité et les expérimentateurs spécialisés dans les mesures ultra
rapides comme leurs extraordinaires caméras capables de plusieurs millions
d’images par seconde. Un monde technique passionnant où règnent la microseconde,
les milliers de bars et les explosions en casemate. Mais aussi, un milieu enthousiasmant
de jeunes gens, le tutoiement de rigueur et un objectif commun à tous,
fédérateur.
J’allais y passer plus d’un an avec une curiosité sans cesse
croissante. Au point d’envisager d’y poursuivre ma carrière. Mais était-ce éthique
de travailler dans ce domaine ? Discussions familiales. Détestable force
de frappe ou salvatrice dissuasion ? Merci à mon épouse d’avoir su privilégier
mon choix et faire taire ses réticences. Je me portai donc candidat, fus admis
et allai y consacrer toute ma vie professionnelle. Avec un intérêt qui n’a
jamais failli.


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