J’ai toujours eu l’esprit de l’escalier. J’ai évoqué, mon ami Ugh avec l’aïoli, le repas de sauterelles et la turne enfumée
à Centrale, mais d’autres épisodes me reviennent en mémoire après coup.
Parlons un peu de son parrain. Ce saint
homme était curé à Saint Etienne de Tinée. Fils d’une famille de rudes
chamoniards, c’était un grand costaud qui n’avait rien à envier au célèbre Don
Camillo. Ayant oublié son nom, je l’appellerai désormais ainsi. L’Abbé était en
effet un solide gaillard comme ses 6 frères, tous guides de montagne. J’avais
fait sa connaissance lors d’un repas chez les Hugues. A la fin dudit repas,
Madame Hugues lui proposa un camembert. Dépliant son opinel, l’avoir bien essuyé
sur sa soutane, il trancha le malheureux fromage en deux moitiés et s’en servit
une. Après quelques instants d’un silence surpris, notre hôtesse, fine mouche,
l’invita à se resservir. Ce qu’il fit d’un des deux quarts restant ! Cet
homme méritait le respect.
Jean Louis passait chez lui ses vacances estivales et, une
année, il me proposa d’en faire autant. Excellente idée. C’est ainsi que chaque
soir, nous nous retrouvions au presbytère servis par une bonne charmante et quelque
peu hors d’âge.
Voulant m’honorer, Don Camillo avait décidé de me faire
goûter une vraie truite. Sitôt dit, sitôt fait. Mais, à l’instar de celle de
Schubert, la truite gigote et lâche l’hameçon. Elle tombe à la baille dans une
petite vasque. Don Camillo se jette à l’eau et de son gigantesque corps fait un
barrage improvisé. Il récupère le pauvre salmonidé. Indiscutablement au-dessous
du gabarit permis mais Don Camillo n’en avait cure car de permis, il n’en avait
aucun. Rentrant chez lui trempé comme Jésus baptisé au Jourdain, il courbe le
chef sous les récriminations de la vieille bonne. Mais j’eus quand même droit à
ce repas d’honneur.
Ce curé n’était pas nécessairement un saint homme mais certainement
un brave type.

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