Nous avions l’habitude de passer le week-end à La Forestière. Le premier
arrêt était réservé à l’achat d’un gâteau à la noix de coco à Faremoutiers. Un
peu plus loin, nous passions devant une bien jolie maison. Son propriétaire en
changeait régulièrement le parterre fleuri. Dès que les fleurs fanaient, il les
changeait. A chaque passage, nous attendions, avec curiosité, de découvrir son
nouvel aspect.
Anne l’avait appelée la Maison du Roy. Modeste par rapport à Versailles
mais l’imagination des enfants n’est-elle pas sans limites ?
Au fil du temps, cette maison interrogeait. « Mais où est le
Roy ? Pourquoi on le voit jamais ? » Pas question pour nous,
parents attentifs, de chagriner notre petite fille, ce petit cœur si vierge, si
généreux, si bon. Pas question de la traumatiser. Alors, on atermoyait.
« Le Roy ben il n’est plus là, il n’est plus roi, on l’a remplacé »
Mais on connait la persévérance des enfants. « Pourquoi on l’a
remplacé ? Pourquoi il n’est plus là ? ». Alors, avec
délicatesse, avec prudence, avec ménagement, nous avancions que ce roi était
méchant, qu’il opprimait le peuple, que les bons paysans avaient décidé de
l’écarter, de s’en passer. Et on lui rajoutait des turpitudes imaginaires. Et on
le rendait détestable. Et on vantait la démocratie sans taches qu'on excusait par avance. Peu à peu, on préparait la difficile conclusion mais on
hésitait à en annoncer la tragédie.
La jeune mécanique cérébrale fonctionnait à plein. Un jour, à l’arrière
du véhicule une petite voix s’éleva : « Alors, on aurait mieux fait
de lui couper la tête ! »


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