846.2026.Les essentiels.


 
Jacques, mon grand-père, ne serait jamais sorti tout nu dans la rue.
Bien entendu, chemise et pantalon étaient utiles mais il n’oubliait jamais les essentiels.
D’abord, il y avait la casquette. 
Vous savez, sans elle, on risque un coup de froid sur la tête. Alors, il faut se la mettre quand il fait frisquet.
Et quand il y a la pluie, qu’est-ce qui vous en protège ?
Et sous le sacré cagnard du midi, hein, comment rester à l’ombre ?
Donc, le matin, on sort du lit, on met la casquette avant même d’avoir quitté la chemise de nuit.
Le pyjama, vous dites ? Laisser moi rire, c’est bon pour les bébés !
Ensuite, il faut le tablier.
En bonne toile, un peu rugueuse.
Il a fait son travail de la semaine même s’il reste quelques coins encore propres.
Il protège les autres vêtements, de la salissure, des éraflures. 
C’est l’endroit idéal pour nettoyer les mains du travailleur. 
Et n’est-il pas un signe d’appartenance, de noblesse ? 
Celui du boucher est blanc taché de roux comme les bœufs, celui du boulanger est gris empoussiéré de farine, celui du marchand de vins tout bleu avec des taches sombres. Chacun signe une profession.
Le troisième essentiel c’est la ceinture. Oui, la ceinture de flanelle, pas la taillolle. Trente centimètres de large, trois mètres de long, de quoi faire 3 tours de taille. Confortable. Au chaud, protégé contre les efforts lombaires. Avec elle, adieu rhumatismes, lumbagos ou maladies des reins. A porter dessous ou dessus la chemise, selon son élégance.
C’est ainsi que Jacques, muni des essentiels, ne sortait jamais nu dans les rues du Suquet.

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