865.2026.Impression, soleil couchant

A mes heures de loisir, il m’arrivait d’aller voir l’imprimerie d’Armand Spagnoli.
Le magasin était étroit et profond. En silence, Antoine son unique employé travaillait devant ses casses typographiques. Il prenait les caractères de plomb, un à un, et les assemblait dans son composteur pour former les lignes de texte. 
Ces lignes se regroupaient en une page et plusieurs pages, réunies dans un savant désordre, formaient une planche qu’il appelait la forme.
À gauche, régnait la presse Heidelberg. Elle me fascinait. Ses rouleaux répartissaient l’encre sur la forme. Puis le grand cylindre venait y appuyer la feuille dans un mouvement synchrone de celui de la forme. Je perçois encore le bruit régulier de la mécanique, le claquement des feuilles, et cette odeur d’encre qui imprégnait tout l’atelier.
Au milieu de l’atelier se dressait le monstre : le massicot. Sa longue lame pouvait trancher d’un seul coup une épaisse pile de papier. Je le regardais avec respect et un peu de méfiance.
Tout au fond, un petit appendice abritait un bassin à deux bacs. C’était là qu’on allait se laver les mains, noircies par l’encre et le plomb. Merci, pâte Arma.
Près de quatre-vingts ans ont passé. Les machines ont disparu, les hommes aussi mais le magasin est encore là.
Il me suffit de fermer les yeux pour retrouver cette petite imprimerie : ses bruits, ses odeurs, ses feuilles fraîchement imprimées … et le regard émerveillé d’un petit garçon.

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