Le magasin
était étroit et profond. En silence, Antoine son unique employé travaillait
devant ses casses typographiques. Il prenait les caractères de plomb, un à un,
et les assemblait dans son composteur pour former les lignes de texte.
Ces
lignes se regroupaient en une page et plusieurs pages, réunies dans un savant
désordre, formaient une planche qu’il appelait la forme.
À gauche, régnait
la presse Heidelberg. Elle me fascinait. Ses rouleaux répartissaient l’encre
sur la forme. Puis le grand cylindre venait y appuyer la feuille dans un
mouvement synchrone de celui de la forme. Je perçois encore le bruit régulier
de la mécanique, le claquement des feuilles, et cette odeur d’encre qui
imprégnait tout l’atelier.
Au milieu de
l’atelier se dressait le monstre : le massicot. Sa longue lame pouvait trancher
d’un seul coup une épaisse pile de papier. Je le regardais avec respect et un
peu de méfiance.
Tout au
fond, un petit appendice abritait un bassin à deux bacs. C’était là qu’on
allait se laver les mains, noircies par l’encre et le plomb. Merci, pâte Arma.
Près de quatre-vingts
ans ont passé. Les machines ont disparu, les hommes aussi mais le magasin est
encore là.
Il me suffit
de fermer les yeux pour retrouver cette petite imprimerie : ses bruits, ses
odeurs, ses feuilles fraîchement imprimées … et le regard émerveillé d’un petit garçon.


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