715.2025.L'éveil à la Science

Michelin  (prononcer Mikélin) était un jeune garçon. 
Il connaissait les champs et les bêtes mais peu de philosophie. 
A l’époque, je lisais énormément de livres de vulgarisation scientifique. 
Je me régalais notamment de ceux de Rousseau, oui, Pierre, celui qui me passionnait,
celui qui parlait des étoiles. Pas l’autre. C’est toujours le cas.   
Michelin se montra discrètement intéressé puis amorça un dialogue. 
Peu à peu, il finit par me poser les questions qu’il avait sur le cœur.
Comment tu sais ce que pèse la Lune ? Comment tu mesures  sa distance ? Et la Terre, elle pèse combien ? 
Et combien y-a-t-il d’étoiles dans le ciel ? Et est-ce qu’il y a des hommes ailleurs ?
Il n’en fallait pas plus pour me lancer. 
Apportant quelques bribes de réponses, je lui parlais d’Ératosthène et du prodigieux Aristarque, 
de Newton et de la Gravitation, celle qu’Einstein n’avait pas encore compliquée. 
Nous parlions de la création au Big Bang, des galaxies, de ces noirs espaces 
que Pascal trouve effrayants, de ce monde infini et qui ne l’est peut-être pas, 
de ces soleils si grands que le nôtre n’est qu’insignifiance, 
de la fin dramatique des étoiles et peut-être de celui de l’Univers. 
Passant de la Science au Rêve nous évoquions les hommes de la Préhistoire, 
les Lilliputiens de Gulliver ou les géants de planètes gazeuses, des céphalopodes de Wells, 
des androïdes de Vénus ou de l’astéroïde B­612 du Petit Prince et des voyages intergalactiques. 
Je lui avais entr’ouvert  la porte sur le monde luxuriant de l’Univers. 
Michelin voulait tout savoir. Je croyais tout savoir, moi qui ne savais pas encore que je ne savais rien. 
Qui sait ce qu’il est devenu Michelin ? 
Je n’en sais rien mais peut-être a-t-il gardé un souvenir ébloui par ce monde merveilleux, le nôtre.

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