Mais un train, ça l’est tout autant. Votre voiture atteint 100
km/h en 10 secondes.
Le train, lui, il lui en faut 100. Le mécanicien dose parcimonieusement la vapeur pour lancer la machine.
Trop
peu et c’est un démarrage qui n’en finit pas.
Un poil de trop et c’est le
patinage, la roue tourne comme une folle mais le train reste sur place.
Il faut injecter un peu de sable sous les roues pour que le monstre d’acier
consente à s’ébranler. Délicat dosage.
Au freinage, même topo. Votre voiture s’arrête en 100 mètres. Votre train
lui en demande 800. Si le
mécano manque de tact, freine un peu trop, la rotation de la roue est stoppée
net mais tout le train part en glissade sur plus d’un kilomètre.
Le matin je montais dans la loco en
gare de Cannes, direction Nice ou Marseille selon l’humeur.
Quel bonheur, dans
les tunnels de respirer à pleins poumons l’acre fumée poussiéreuse.
Et le
retour, dans l’Estérel, quand on décrassait la cheminée, éjectant dans la
nature un noir nuage de suie sur les mimosas d’or.
En cette fin d’après-midi, je rentrai de Nice lorsque je notai que mon
train n’avait pas ralenti avant la gare saisonnière de Villeneuve-Loubet. J’en
fis la remarque au mécano. Merde dit-il en freinant à fond.
Et les passagers potentiels,
debout sur le bord de la voie, eurent la surprise de voir passer sous leur nez
un convoi d’acier en patinage artistique pour s’arrêter un kilomètre plus loin.


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