795.2026.Le Train des Merveilles

Les ingénieurs ont parfois de curieuses idées. Où placer le conducteur de cet autorail ? Devant, derrière ? Ce sera sur le toit, au milieu, dans une sorte de bizarre protubérance. Tourné en travers. Le conducteur n’aura qu’à tourner la tête à gauche s’il va vers l’avant, sur la droite s’il recule. C’est ainsi que je fis connaissance avec l’étrange autorail X3800 dit, à juste titre, Picasso.
Il assurait alors la ligne Nice-Tende qu’on dit aujourd’hui Train des Merveilles. Et me voilà ce jour-là dans la bulle du toit en compagnie du mécano de service. « Tu veux conduire ? » « Volontiers » dis-je, assuré de mon savoir de futur ingénieur.
« Diable me questionnais-je, mais y a  pas de volant ! » Inutile en effet, l’autorail n’a qu’à suivre la voie. « L’accélérateur ? Au pied ? Non, la manette à gauche. Le débrayage ? Au pied. Bon, ça c’est normal. Le changement de vitesses ? Le levier de droite ? Non, une autre manette à gauche.  Le frein ? La pédale du milieu ? Non, une manette à droite ! Foutus ingénieurs !
« C’est simple, dit le mécano, mais n’oublies pas le double débrayage ». Ah bon ! 
 « Tu relâches l’accélérateur. Tu débrayes. Tu pousses le levier de vitesses vers la position médiane. Tu embrayes. Tu accélères et, quand la moteur sonne bien, tu débrayes rapidement, pousses le levier de vitesse vers le bon rapport et tu embrayes avant que le régime moteur ne se soit pas trop ralenti. T’as compris. I Oui fis-je assuré mais ne l’étant plus du tout. Et le compère de me laisser sa place.
Oh cette damnée pédale de débrayage que je prenais pour l’accélérateur, oh ce grand coup de frein au lieu du changement de rapport, oh ce sacré régime moteur qui tombait si vite, oh ces pauvres passagers sortis groggy de l’autorail et recherchant en zigzag la sortie de la gare. Merci le stagiaire !

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