Les
ingénieurs ont parfois de curieuses idées. Où placer le conducteur de cet
autorail ? Devant, derrière ? Ce sera sur le toit, au milieu, dans
une sorte de bizarre protubérance. Tourné en travers. Le conducteur n’aura qu’à
tourner la tête à gauche s’il va vers l’avant, sur la droite s’il recule. C’est
ainsi que je fis connaissance avec l’étrange autorail X3800 dit, à juste titre, Picasso.
Il
assurait alors la ligne Nice-Tende qu’on dit aujourd’hui Train des Merveilles.
Et me voilà ce jour-là dans la bulle du toit en compagnie du mécano de service.
« Tu veux conduire ? » « Volontiers » dis-je, assuré
de mon savoir de futur ingénieur.
« Diable
me questionnais-je, mais y a pas de volant ! »
Inutile en effet, l’autorail n’a qu’à suivre la voie. « L’accélérateur ?
Au pied ? Non, la manette à gauche. Le débrayage ? Au pied. Bon, ça c’est normal.
Le changement de vitesses ? Le levier de droite ? Non, une autre
manette à gauche. Le frein ? La
pédale du milieu ? Non, une manette à droite ! Foutus
ingénieurs !
« C’est
simple, dit le mécano, mais n’oublies pas le double débrayage ». Ah
bon !
« Tu
relâches l’accélérateur. Tu débrayes. Tu pousses le levier de vitesses vers la
position médiane. Tu embrayes. Tu accélères et, quand la moteur sonne bien, tu
débrayes rapidement, pousses le levier de vitesse vers le bon rapport et tu
embrayes avant que le régime moteur ne se soit pas trop ralenti. T’as compris.
I Oui fis-je assuré mais ne l’étant plus du tout. Et le compère de me laisser
sa place.
Oh
cette damnée pédale de débrayage que je prenais pour l’accélérateur, oh ce grand
coup de frein au lieu du changement de rapport, oh ce sacré régime moteur qui
tombait si vite, oh ces pauvres passagers sortis groggy de l’autorail et recherchant
en zigzag la sortie de la gare. Merci le stagiaire !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Commentaire