Par curiosité, je me présente au concours d’entrée aux Arts
et Métiers. Ça marche. Une nuit de train de Cannes à Paris puis Paris
Lille et me voilà à poste. J’atteins ma case, un espace étroit dans un
immense dortoir : un lit, une armoire métallique, une table de nuit. Pour les
toilettes, voir plus loin au fond de la pièce.
Ma malle est arrivée avant moi. Maman a eu soin de suivre
scrupuleusement les directives : vêtements et rechanges, linge de corps,
de toilette, blouses d’atelier, pantalons de travail, tenue de gym, chaussures, matériels scolaires, ouvrages divers
... Et, bien entendu, j’ai laissé la clé à Cannes.
Mon père me la fera parvenir collée dans une enveloppe avec
un petit mot manuscrit, chaleureux et
bref : « Tiens idiot ! » Mais déjà les copains, que je ne connais pas encore, sont là.
L’un me prête un cahier, un autre une blouse, le troisième une serviette. La
fraternité gadzarique en action.
Blouse ? Blues ! Oh le triste ciel lillois, le
sévère bâtiment des Arts, les paysages moroses, noirs et ces gens qui parlent
bizarrement. Il me faut un cadenas pour fermer mon armoire métallique.
Pas de problème, voici, en ville, un droguiste.Je voudrais dis-je, un cadenas à un jeune gars au comptoir.
Hein ? Un ca-de-nas !, repris-je. Y a pô, me dit-il. Comment, y a
pô ? Et ça dis-je en lui montrant derrière son dos, une caisse pleine de
cadenas. Ah ! Un ca-d’-nô ? Du pur lillois. Allez donc traduire « Arvet, ech kat qui skoff
chuss tôt » ?
Mais j’allai découvrir bien
vite la chaleur de ces gens
Les gens du Nord - Ont dans leurs yeux le bleu - Qui manque à leur décor
Les gens du Nord - Ont dans le cœur le soleil - Qu'ils n'ont pas dehors


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