Par un peu probable hasard, Lucien, jeune, habitait à Nice
au 4 de la rue Barla comme ma tante Berthe. Du fond de ma mémoire, émerge un souvenir :
celui de la magnifique boule de verre ciselé bleue qui ornait la rampe
d’escalier. Je rencontrai Lucien en classe prépa puis au Concours des Arts.
Lucien était un charmeur. Les femmes succombaient
naturellement mais les hommes étaient
aussi sensibles au capital de sympathie qu’il dégageait. Son sens de l’humour
plaisait comme son célèbre « Basses Alpes ! » qu’il
émettait à chaque fois que quelqu’un demandait qu’on restât digne.
Il poursuivit son cursus par Supélec où il découvrit les
beautés de l’électricité et leur mystérieuse association avec les nombres
complexes. Maitrisant toutes les
subtilités de cette discipline, il offrit ses services à Alstom où il devint
rapidement un commerçant de haut vol dont la science se limitait à évaluer le
bénéfice par l’écart entre prix de vente et de revient. Sa chaleur humaine y
fut bien utile. Pendant des années, il vécut en Asie partageant ses séjours
entre la Corée, le Vietnam et la Chine. Il y fut vendeur de loco électriques,
installateur d’usines, constructeur de lignes ferroviaire avec leur perfide
transfert de technologie. C’est ainsi que Chinois et Coréens devinrent nos
concurrents sur les marchés mondiaux.
Lors de ses épisodiques retours au pays, Raymonde
l’attendait. Et puis un matin, au lever,
à la toilette, le fil s’interrompit. Sans histoire, sans bruit, sans cri,
Lucien encore si jeune disparaissait.
Un immense pan de notre jeunesse s’envolait avec lui


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