1959. Forage pétrolier. A 5 heures, je rejoins l’équipe de
jour. Le train des tubes approche les 1000 mètres. Il est mis en
rotation au niveau du sol et se termine par le trépan, un monstre d’acier muni
de redoutables dents qui rongent, cassent ou broient les roches. Régulièrement,
on rajoute une section de 3 nouveaux tubes, 27m, qu’on vient visser sur les
précédents. La boue de forage, injectée dans les tubes, traverse le trépan
et remonte entre les parois du puits et le train de tubes. Elle emporte les
débris, lubrifie le trépan et maintient les parois du trou par contre-pression
hydrostatique.
Oh, le bonheur du casse-croute de 9 heures. Sauciflard et rouge, un
appétit d’ogre !
L’accrocheur est en place au sommet du derrick sur sa minuscule
plateforme à 30 mètres du sol. Il guide la mise en place des sections de tube.
De temps à autres, il faut changer le trépan. On remonte alors tout le train de
tubes et on le range par sections dans un coin du derrick, le râtelier. C’est
le rôle le plus spectaculaire de l’accrocheur.
La poche d’hydrocarbures approche. Les gars de
Schlumberger arrivent. Ils caractérisent la paroi du trou. Il est temps de
cimenter. On met en place un tube métallique et on remplit de ciment l’espace annulaire
libre entre le trou du forage et ce tube. Je dois calculer, à la main, le volume
de ciment nécessaire.
Enfin, ce matin la poche est percée. Le puits est éruptif, le pétrole
remonte tout seul. Oh le chantier ! Dans quel état ! Mais, on n’est
pas en Arabie, il faudra mettre en place un chevalet de pompage, le fameux
arbre de Noël.
Un stage passionnant. Un forage à l’ancienne. Un moment exceptionnel de
l’histoire industrielle vivante. Le début de ma vie professionnelle. La découverte
d’hommes, d’un métier, d’un savoir-faire.


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