712.2025.Elle s'appelait Diamant

La grande guerre avait pris fin mais la vie restait difficile à Cannes. 
Mes parents avaient pris la judicieuse décision de m’envoyer chez des amis, les Juillet, 
en Savoie, pays béni où beurre et fromages ne manquaient pas.   
A sept ans, j’y découvrais la  vie campagnarde, 
les travaux des champs, la chasse, les animaux.  
Avec Roland, le fils de famille, nous gardions les vaches au pré.
Ce jour-là, Diamant s’était écartée 
à la recherche des pommes vertes qui faisaient son régal. 
Il fallait la faire revenir. Roland me proposa de le faire. 
Je n’étais guère rassuré : c’est grand une vache !  
« Tu sais, me dit-il, la vache te voit trois fois plus grand que ce que tu es. Pour elle, tu es immense ». 
Ah, bon, tu crois ... J’y vais... Que voulez-vous, on a sa fierté !
Et me voilà devant Diamant. Mes ordres la laissent de marbre. 
Je crois même qu’elle se fout de moi en croquant ses pommes. 
Je hausse le ton. Regard atone. 
Je brandis mon bâton. Une lueur d’agacement dans son regard vachard ? 
Cette vache est une vraie tête de mule ! 
En criant très fort, je lui assène un grand coup sur la tête, entre les cornes. 
Le bâton casse. 
Panique ! Diamant baisse la tête, elle me fonce dessus.
Ce jour-là, j’ai fait mon meilleur chrono aux cent mètres haies.

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