A Lille, on ne rigole pas avec la Tradition. Le carnet de
Trad’s soigneusement calligraphié à l’encre de chine (mes amis lillois disaient
« ankeudtchin ») où on rassemble les chants des conscrits, les poèmes, les déclarations d’amour,
les hymnes.
On apprend le respect dû à ces Anciens,
on ne se déplace que sur les côtés des couloirs pour ne pas fouler les tapis
virtuels, on ne peut se montrer en ville avec une personne du sexe opposé, on
ne peut fumer que des cigarettes roulées à la main sur un papier dûment paraphé
par un Ancien, on est sanctionné au
moindre faux pas risquant la « Nationale », un large
coup de tondeuse sur le dessus du crâne. Le conscrit
n’oublie pas de vénérer le tramway et d’escalader les façades pour faire une
déclaration d’amour aux jeunes admiratrices.
Mais en retour, après le repas du soir, étude obligatoire sous
le contrôle strict des Anciens.
Coucher imposé à 21 heures. L’un des Anciens
est votre parrain. Il est là pour vous aider, vous distraire voire vous
héberger pour les vacances.
A Aix, c’est plutôt l’occasion de rigoler. Les promenades de
nuit dans les ateliers, yeux bandés, la main sur l’épaule d’un Ancien qui se baisse progressivement,
les projections dans les sombres escaliers où un Ancien hurle de douleur, alors que des matelas garantissent un
arrêt en douceur. Angoisse. C’est aussi l’hymne au Tabagn’s, le bain dans les
fontaines municipales, les guinches, les défilés en grande tenue sur le
Mirab’s, où se transmettent les valeurs de Fraternité. Et le fameux match de
rugby réservé aux non-sportifs où l’arbitre finit toujours à poil.
On a beaucoup jasé sur les Trad’s. On jase beaucoup sur
tout. Surtout si on ne sait pas. Et quand on jase bien, on peut devenir député, maire ou ministre.


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