805.2026.Les Trad's

 
Mon cursus m’a amené à subir les traditions à Lille et de les infliger à Aix l’année suivante.
A Lille, on ne rigole pas avec la Tradition. Le carnet de Trad’s soigneusement calligraphié à l’encre de chine (mes amis lillois disaient « ankeudtchin ») où on rassemble les chants des conscrits, les poèmes, les déclarations d’amour, les hymnes. On apprend le respect dû à ces Anciens, on ne se déplace que sur les côtés des couloirs pour ne pas fouler les tapis virtuels, on ne peut se montrer en ville avec une personne du sexe opposé, on ne peut fumer que des cigarettes roulées à la main sur un papier dûment paraphé par un Ancien, on est sanctionné au moindre faux pas risquant la « Nationale », un large coup de tondeuse sur le dessus du crâne. Le conscrit n’oublie pas de vénérer le tramway et d’escalader les façades pour faire une déclaration d’amour aux jeunes admiratrices.
Mais en retour, après le repas du soir, étude obligatoire sous le contrôle strict des Anciens. Coucher imposé à 21 heures. L’un des Anciens est votre parrain. Il est là pour vous aider, vous distraire voire vous héberger pour les vacances.  
A Aix, c’est plutôt l’occasion de rigoler. Les promenades de nuit dans les ateliers, yeux bandés, la main sur l’épaule d’un Ancien qui se baisse progressivement, les projections dans les sombres escaliers où un Ancien hurle de douleur, alors que des matelas garantissent un arrêt en douceur. Angoisse. C’est aussi l’hymne au Tabagn’s, le bain dans les fontaines municipales, les guinches, les défilés en grande tenue sur le Mirab’s, où se transmettent les valeurs de Fraternité. Et le fameux match de rugby réservé aux non-sportifs où l’arbitre finit toujours à poil.  
On a beaucoup jasé sur les Trad’s. On jase beaucoup sur tout. Surtout si on ne sait pas. Et quand on jase bien, on peut devenir député, maire ou ministre.

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