809.2026.Bernard

 
Son nom, voisin d’Alaric, lui valut le surnom de Wisig. Un ami sûr qui ne manquait jamais de m’éveiller le dimanche matin pour me rappeler mes rendez-vous. Notre amitié démarra sous la houlette des traditions lilloises.  Bernard se distinguait dans les disciplines technologiques. Souvent à mes côtés, je le voyais prendre des notes, le stylo posé sur le papier, immobile, légèrement oscillant, puis tout d’un coup partant tel la fusée pour écrire toute une phrase d’un seul jet.
Après les Arts il se dirigea vers le CHEBAP et les Travaux Publics où il se fit une honorable place. 
Notre amitié se renforça encore alors que je préparais ma thèse. Bernard m’offrit l’hébergement dans son studio. Et je pus y apprécier ses qualités de cuisinier. Il savait varier les plats et me régaler de sa purée maison : « Trois pommes de terre par personne » disait l’un de nos visiteurs porté sur la statistique.  
Avec son épouse, pharmacien, ils s’étaient installés dans un village. Bernard peu à peu y prit l’habitude de servir la clientèle avec sérieux et  efficacité. Il en vint à être si apprécié que les clients, machos, ne voulaient plus que s’adresser à Monsieur le Pharmacien. Las, le décès de son épouse fut un drame humain doublé d’une catastrophe économique. Bernard connut une difficile période de chômage, mais il sut se rétablir, retrouver ses talents d’ingénieur et devenir un véritable expert dans la construction de lignes TGV.
Mais nos rencontres se font épisodiques. 
« Et la vie sépare ceux qui s’aiment, tout doucement, sans faire de bruit ...»

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