Son nom, voisin d’Alaric, lui valut le surnom de Wisig. Un ami sûr qui ne manquait jamais de
m’éveiller le dimanche matin pour me rappeler mon rendez-vous du jour. Notre
amitié démarra sous la houlette des traditions lilloises. Elle se renforça lors de la grippe quand l’école fut fermée et les provinciaux consignés. Bernard se distinguait dans les
disciplines technologiques. Souvent à mes côtés, je le voyais prendre des notes,
le stylo posé sur le papier, immobile, légèrement oscillant, puis tout d’un
coup partant tel la fusée pour écrire toute une phrase d’un coup, d’un seul.
Après les Arts il se dirigea vers le CHEBAP et les Travaux
Publics où il se fit une honorable place. Curieux comme nous avons
tous estimé qu’il nous fallait un complément de formation !
Notre amitié se renforça encore alors que je préparais ma
thèse. Bernard m’offrit
l’hébergement dans son studio. Et je pus y apprécier ses qualités
de cuisinier. Il savait varier les plats et me régaler de sa purée maison :
« Trois pommes de terre par personne » disait l’un de nos visiteurs
porté sur la statistique.
Avec son épouse, pharmacien, ils s’étaient installés dans un
village au-dessus de Nice. Bernard peu à peu y prit l’habitude d’aider sa femme
et de servir la clientèle avec sérieux et efficacité. Il en vint à être si apprécié que les
clients, machos, ne voulaient que s’adresser
qu’à Monsieur le Pharmacien. Las, le décès de son épouse fut un drame humain doublé
d’une catastrophe économique. Bernard connut une difficile période de chômage,
mais il sut se rétablir, retrouver ses talents d’ingénieur et devenir un véritable expert dans la construction de lignes TGV.
Depuis, l’âge venant, nos rencontres se firent plus épisodiques.
« Mais la vie sépare ceux qui s’aiment, tout
doucement, sans faire de bruit ...»

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