812.2026.Le buisson ardent

C’était mieux avant ? Qu’on en juge ! Les 30 Glorieuses, l’âge d’or, un Président respectable, une croissance nationale à 5% l’an, un chômage à moins de 2%, la conquête de l’espace avec Véronique, l’essor de l’aéronautique avec la Caravelle, le raffinement du paquebot France, l’informatique et le plan calcul, l’énergie nucléaire triomphante et l’ambition de se doter d’une force de frappe nationale. L’avenir nous appartenait. 
Les réacteurs à neutrons rapides étaient l'avenir. Je décidai d’entreprendre une thèse sur ce sujet à l’ENS. En deux ans, le diplôme de 3me cycle en poche, je fus recruté comme Attaché de Recherches au CNRS et commençai de gagner, petitement, ma vie.
Le problème majeur de ces réacteurs était causé par le sodium liquide qu’ils devaient utiliser. Un produit agressif. Pour mes manips, j’utilisais un mélange sodium potassium NaK plus manipulable mais encore plus agressif. Il s’enflammait en présence d’humidité voire explosait au contact de l’eau. Les souvenirs affluent : ce copain qui en avait reçu quelques gouttes sur le visage, sa crainte de transpirer, qui le faisait transpirer, ces soirs quand nous allions vider nos récipients dans les buissons de l’ENS et les arrosions de loin pour les faire exploser, ces transports dans la 4cv du professeur et ce jour où ça commençait à fumer ferme et où nous dûmes quitter en hâte le véhicule. Je me souviens aussi de ma visite au « prestigieux » Professeur Curie (pas le grand, un petit, mais quand même !). J’avais mis la cravate de service, celle que nous laissions en permanence accrochée à un clou du labo pour les grandes occasions. Et ce jour où l’enregistrement ... et celui-là où ... et cet autre quand ... 4 ans pleins de souvenirs. La thèse acquise, il fallut partir au Service !

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