C’était mieux avant ? Qu’on en juge ! Les 30 Glorieuses, l’âge d’or, un
Président respectable, une croissance nationale à 5% l’an, un chômage à moins
de 2%, la conquête de l’espace avec Véronique, l’essor de l’aéronautique avec la
Caravelle, le raffinement du paquebot France, l’informatique et le plan calcul,
l’énergie nucléaire triomphante et l’ambition de se doter d’une force de frappe
nationale. L’avenir nous appartenait.
Les réacteurs à neutrons rapides étaient l'avenir. Je décidai
d’entreprendre une thèse sur ce sujet à l’ENS. En
deux ans, le diplôme de 3me cycle en poche, je fus recruté comme Attaché de
Recherches au CNRS et commençai de gagner, petitement, ma vie.
Le problème majeur de ces réacteurs était causé par le sodium
liquide qu’ils devaient utiliser. Un produit agressif. Pour mes manips, j’utilisais
un mélange sodium potassium NaK plus manipulable mais encore plus agressif. Il s’enflammait
en présence d’humidité voire explosait au contact de l’eau. Les souvenirs
affluent : ce copain qui en avait reçu quelques gouttes sur le visage, sa
crainte de transpirer, qui le faisait transpirer, ces soirs quand nous allions
vider nos récipients dans les buissons de l’ENS et les arrosions de loin pour
les faire exploser, ces transports dans la 4cv du professeur et ce jour où ça
commençait à fumer ferme et où nous dûmes quitter en hâte le véhicule. Je me
souviens aussi de ma visite au « prestigieux » Professeur Curie (pas
le grand, un petit, mais quand même !). J’avais mis la cravate de service,
celle que nous laissions en permanence accrochée à un clou du labo pour les
grandes occasions. Et ce jour où l’enregistrement ... et celui-là où ... et cet autre quand ... 4 ans pleins de souvenirs. La thèse
acquise, il fallut partir au Service !


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